Robert – 3 semaines avant les évènements tragiques de Winslow

Robert Longuet, un sexagénaire légèrement bedonnant aux cheveux poivre et sel, décapsula la bière que le mari de sa nièce, Antoine, venait de lui offrir. Accompagné des autres hommes à cette réception de baptême, le nouveau retraité discuta ensuite de choses et d’autres par ce bel après-midi d’été.

– Je trouve vraiment ça bien, le fait de poursuivre les traditions, avoua Robert au père du bébé. Je dois avouer que les parents qui font encore baptiser leur enfant est quelque chose de rare de nos jours.

– Pour être tout à fait honnête, M. Longuet, l’idée vient de Judith, précisa Antoine. C’est elle qui y tenait. En effet, les baptêmes… La religion… C’est pas trop mon truc. Ce genre de pratique est plus fréquent dans les petits villages comme ici. Mais en ville, il est vrai que c’est de moins en moins fréquent.

– Oui. Malheureusement… Alors, tu… Tu ne crois en… En Dieu.

– Non, pas vraiment.

– Alors, tu penses qu’après la mort, enfin…

– C’est la fin. Le noir. Que la lumière s’éteint tout simplement.

– Ouais… Je dois avouer que je trouve cela un peu triste. Je veux dire, tu n’as même pas une petite lueur d’espoir de revoir ceux qui nous ont quittés.

– Je vous avoue que j’aimerais vraiment réussir à considérer cette option, mais… Non! Je ne crois pas aux fantômes. Désolé, mais je pense que ces histoires sont aussi farfelues que celles de vampires ou autres monstres.

– Eh bien, je me trompe peut-être, mais je suis persuadé que quelqu’un tire les ficelles. Que… Que nous n’existons pas en vain. Qu’il y a un but à tout ceci.

– Mais sachez que je respecte ceux qui y croient. Et honnêtement, j’espère me tromper… Alors comme cela vous avez célébré votre retraite la semaine passée, enchaîna le jeune homme, espérant changer le sujet de conversation.

– Eh oui! C’était une belle fête! C’est…C’est une grande page de ma vie que je viens de tourner.

– En tout cas, je salue votre courage! Toute une carrière comme ambulancier à sauver des vies! Wow!

– Malheureusement, je n’ai pas pu tous les sauver… Et ce sont évidemment les visages de ceux que nous perdons qui hantent nos pensées. Mon partenaire Georges et moi, nous en avions assez de tout ceci.

– Mais au moins, vous étiez là pour tenter quelque chose. Je suis vraiment épaté par les gens comme vous. Je vous félicite!

– Ouf… Eh, bien… Merci… Je… Je ne faisais que mon boulot.

– Ça non! C’est bien plus qu’un simple boulot! Alors, quels sont les plans maintenant?

– Je ne sais pas trop encore. Profiter de la famille… De la vie… D’ailleurs, Georges et moi allons officialiser notre retraite avec tout un week-end de pêche, dans trois semaines.

– Vraiment? À quel endroit?

– Une certaine pourvoirie à proximité d’une petite ville isolée peu connue du nom de Winslow, à environ 5 heures de route de la maison. C’est un lac très prometteur selon ce que j’ai pu lire sur internet.

– Eh bien, je vous souhaite de bien vous amuser là-bas. Vous le méritez réellement.

– Oh, merci… Ce voyage ne va pas changer ma vie, mais il devrait nous aider à décrocher et à faire le point.

– Robert, il s’étouffe! les interrompit soudainement la voix paniquée de sa femme, Isabelle.

Aussitôt, l’ambulancier nouvellement retraité leva les yeux vers son épouse de belle apparence aux cheveux châtains qui lui pointait un enfant incapable de respirer. En le voyant, il se précipita dans sa direction. Il poussa ensuite la mère affolée à ses côtés avant d’administrer au gamin en difficulté la procédure adéquate. Et quelques secondes plus tard, le garçon cracha le morceau de nourriture qui obstruait ses voies respiratoires avant de se mettre à tousser, au grand soulagement de tous.

Quand  le garçon se remit enfin à respirer normalement, les parents de celui-ci remercièrent profondément le sauveur. Par la suite, tous se mirent à applaudir son exploit, dont en autre sa fille de vingt-deux ans, Sarah, une belle brunette athlétique, ainsi que son fils de dix-sept ans, Simon, un grand blondinet à lunettes.

– En tout cas, M. Longuet, lança Antoine. Si, comme vous le croyez, il y a bien quelqu’un là-haut qui tire les ficelles, il semble qu’il n’en a pas encore fini avec vous! Ha! Ha! Ha!

Même s’il ne s’agissait là que d’une simple blague, cette affirmation trotta tout de même dans la tête du héros tout le reste de l’après-midi, qui se déroula sans autres évènements importants. Et même une fois de retour chez lui, les paroles d’Antoine le fit  se remettre en question. Autant il avait hâte de prendre enfin sa retraite, autant maintenant il craignait que son emploi peu commun puisse lui manquer. Cette crainte de se sentir désormais inutile le força à en parler à son épouse, qui le rassura en lui affirmant qu’il allait toujours être des plus importants pour sa famille. Elle insista ensuite sur le point que les enfants et elle étaient des plus fiers de lui.

Les jours passèrent ensuite et la remise en question de Robert s’estompait de plus en plus. Il commençait même à prendre goût à son nouveau style de vie exempt de pression et de stress. Et bientôt, il retrouva enfin son fidèle partenaire, Georges, avec qui il avait travaillé tant d’année, pour leur fameuse partie de pêche.

Toutefois, leur premier avant-midi, ne fut pas très fructueux en poissons, sans compter le bris accidentel de la canne de Georges. Néanmoins, la pêche du soir fut beaucoup plus profitable. Tout se déroulait à merveille quand soudain, à leur grand désespoir, ils découvrirent le cadavre d’une fillette flottant à proximité de la berge. Après avoir tiré à bord de la chaloupe le corps en décomposition, dont des sangsues étaient ignoblement collées au visage, les deux retraités se préparèrent à retourner au plus vite à leur véhicule pour aller prévenir les autorités. Mais comme ils allaient se mettre en mouvement, un évènement des plus inattendus se produisit…

Apprenez ce que le destin réserve à Robert et Georges à Winslow dans le roman L’assaut du Mal, tome 1, Sadman, le sorcier.

Sylvain Bouffard Écrit par :

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