Les pages maudites – 860 ans avant les évènements tragiques de Winslow

Les deux barbares, vêtus de fourrures foncées, s’efforçaient de rester alertes devant l’entrée de la grotte. Leur glaive en main, ils scrutèrent la forêt obscure lorsque soudainement, l’un d’entre eux reçu une flèche en pleine gorge. Et avant que l’autre sentinelle ne puisse avertir ses confrères à l’intérieur, un second projectile le frappa en pleine poitrine. Le souffle coupé, il s’écroula d’abord à genou avant de s’effondrer auprès de son confrère.

Dès que les deux gardiens furent hors d’état de nuire, la dizaine de chevaliers dissimulés dans un bosquet se précipitèrent vers l’entrée de la caverne. Guidés par un colosse un peu plus âgé qui arborait une barbe grisonnante, les hommes portant des casques de métal et des cotes de mailles pénétrèrent ensuite sans perdre un instant, tout en dégainant leurs épées.

En entrant dans la pièce éclairée par des torches, ils tombèrent nez à nez avec un groupe d’une vingtaine d’étranges personnages portant tous des longues toges sombres à capuchon qui dissimulaient leurs visages, excepté celui au centre qui prenait place devant un lutrin. Aussitôt, les yeux cernés de ce dernier, qui portait une longue barbe foncée sans moustache et une couronne de cheveux du même ton retenue en queue de cheval, se tournèrent vers les nouveaux venus.

– Non! s’écria-t-il dans sa langue. Comment nous ont-ils retrouvés?! C’est impossible! Vite! Arrêtez-les!

Dès que le sorcier eut prononcé son ordre, tous les hommes en noir foncèrent à l’assaut, armés de cimeterres, de glaives et de massues. Une grande bataille éclata alors entre les deux clans. Au sein de la lutte plutôt serrée, le chef des chevaliers se démarqua en tranchant d’abord la tête à l’un de ses ennemis, avant de planter sa lame dans la poitrine du suivant. Puis, lorsqu’il en terrassa un troisième, le leader du groupe obscur se décida enfin à passer également à l’attaque.

Celui au visage découvert empoigna donc une imposante hache à deux tranchants  avant de foncer vers le paladin le plus près. Par la suite, après avoir aisément évité la pointe de ce dernier, il lui fracassa d’abord un genou pour le forcer à s’accroupir avant de lui fendre le crâne, malgré son casque, comme s’il s’agissait d’un melon.

En voyant cet adversaire de taille éliminer l’un de ses hommes, le plus vieux chevalier se rua dans sa direction. Les deux dirigeants se retrouvèrent alors face à face, prêts à livrer le combat. Après s’être analysés un moment, celui à la barbe grise tenta finalement un assaut le premier. Mais une fois qu’il eut bloqué l’épée, le sorcier essaya à son tour de l’atteindre. Toutefois, le guerrier d’expérience se recula juste à temps. Ils échangèrent par la suite coups après coups sans qu’aucun d’entre eux ne réussissent à atteindre l’autre. Cependant, après une longue série d’attaques, celui en noir réussit enfin à faire échapper la lame à son adversaire. Néanmoins, cela n’empêcha pas le chevalier de poursuivre l’affrontement, qui empoignant rapidement sa dague avant de réussir à l’enfoncer dans l’épaule de son opposant. Malgré la douleur, le prêtre satanique ne se laissa pas déconcentrer et envoya un brutal coup de tête sur le nez de celui qui venait de le poignarder. La rudesse de la collision força le chevalier à reculer d’un pas et son ennemi en profita pour élever sa hache.

– Père! Non! s’écria un jeune paladin, témoin de la scène.

Ce dernier, trop loin pour intervenir directement, lança tout de même son épée en direction du sorcier. Bien que la lame ne fit que le frapper sans réellement le blesser, la manœuvre attira son attention suffisamment longtemps pour permettre à celui à la barbe grise de passer à l’action. Le combattant attrapa donc à une vitesse ahurissante sa dague, encore plantée dans l’épaule du sorcier, pour finalement l’atteindre à la gorge cette fois.

Cependant, en agissant ainsi, le fils, plus loin, s’exposa à un autre adversaire qui en profita pour l’attaquer de dos.

En voyant son aîné s’écrouler, le chevalier barbu repoussa le sorcier agonissant de son pied, ramassa son glaive et fonça vers celui qui venait s’en prendre à l’être qu’il aimait le plus au monde. L’assassin n’eut alors aucune chance contre l’homme enragé et s’effondra rapidement, le torse et le visage profondément lacérés.

Voulant en finir rapidement, le vieux guerrier poursuivit avec vigueur la bataille. En l’espace de quelques instants, ses chevaliers et lui terrassèrent tous les adeptes du Mal restants. Une fois que leurs ennemis furent enfin vaincus, le père retourna en toute hâte auprès de son fils. Mais comme il le craignait, il était déjà trop tard.

– Non! hurla le chef en serrant le corps du jeune guerrier.

Tous les autres autours demeurèrent immobiles et silencieux pendant un long moment devant la touchante scène. Finalement, l’un d’entre eux alla chercher les feuilles de papyrus posées sur le lutrin du sorcier avant de les apporter à son commandant.

– Au moins, il n’est pas mort en vain, tenta-t-il de le consoler en lui remettant les écrits qui affichaient des symboles mystérieux et incompréhensibles.

– Oui, en effet! Allez! Détruisons-les au plus vite!

Tout en empoignant les pages, le vieux chevalier se releva et se dirigea vers une torche. Cependant, lorsqu’il les plaça sous les flammes, non seulement elles ne prirent pas feu, mais le flambeau s’éteignit sur le coup. Stupéfait, il se déplaça ensuite vers un petit ruisseau sur sa droite et y plongea les textes. Néanmoins, lorsqu’il ressortit les feuilles de papyrus, il aperçut les gouttes d’eau qui les recouvraient s’évaporer en un instant. Fou de rage, il déposa les pages contre le sol rocheux, dégaina son épée et les frappa de toutes ses forces. Mais au grand étonnement de tous les spectateurs, la lame forgée solidement éclata en morceaux en touchant l’œuvre maudite. Des petits bouts de métal allèrent même se loger dans les joues du barbu, qui se recula en poussant une légère plainte.

– Oh, Seigneur! s’écria l’un de ses alliés. Ces pages sont indestructibles!

– Pas étonnant! répondit le plus vieux en retirant douloureusement les éclats de son visage. Elles ont été écrites avec le sang du diable en personne!

– Que pouvons-nous faire dans ce cas?!

– Nous… Nous allons les ramener aux grands prêtres! Mais si ceux-ci n’arrivent pas à les détruire, nous devrons les séparer et les dissimuler à travers le monde. Ils ne doivent jamais retomber entre de mauvaises mains! Ce serait catastrophique!

Apprenez la suite dans le roman L’assaut du Mal, tome 1, Sadman, le sorcier.

Sylvain Bouffard Écrit par :

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