Jacob – Première partie – Samedi, 14 août, 22h05

*Lire les histoires « Jack » et « Max » avant celle-ci.

Cela faisait presque une demi-heure que Jacob et ses deux fillettes, Éveline et Lisa, âgées de 8 et 6 ans, s’étaient endormis sur le divan devant un film lorsque l’homme rouvrit les yeux. Alors que le générique défilait, le père d’une trentaine d’années, qui élevait seul ses enfants depuis la perte tragique de sa femme, décédée dans un accident de la route un an et demi plus tôt, déplaça la tête de la plus jeune posée sur sa cuisse. Il se releva ensuite lentement tout en s’étirant avant d’attraper la manette pour éteindre la télévision. Par la suite, l’homme de race noire de taille moyenne, aux cheveux courts, se pencha vers Éveline dans le but de la transporter dans son lit quand soudain, un coup de feu retentit à l’extérieur.

Jacob releva aussitôt la tête. Bien qu’il était fréquent d’entendre ce type de bruit en plein jour dans cette région rurale remplie de chasseurs, un bruit de détonation à une heure aussi tardive n’avait rien d’habituel. Même si ses voisins étaient éloignés et isolés dans les bois, il s’approcha tout de même d’une fenêtre par réflexe. Cependant, comme seul l’obscurité du boisé entourant sa demeure fut perceptible, il ne scruta l’extérieur qu’un bref instant. Puis, tout en retournant auprès de ses filles, il s’interrogea s’il n’avait pas confondu le son suspect avec celui d’un feu d’artifice. Mais alors qu’il venait d’abandonner son poste de garde, une série d’autres tirs résonnèrent dans la nuit. Si bien que Jacob soupçonna une fusillade.

Apeuré, le père de famille attrapa le combiné du téléphone afin d’en avertir les autorités. Mais à sa grande surprise, aucune tonalité ne fut perceptible. Il tenta alors de rallumer et d’éteindre son appareil, sans toutefois obtenir de succès. Inquiet, il saisit son cellulaire pour signaler le 9-1-1. Cependant, à son grand étonnement, aucun réseau non plus ne fut disponible.

Paniqué, il voulut aller vérifier chez son voisin si c’était seulement sa ligne qui faisait défaut ou si c’était celle de la région en entier. Mais comme le plus près se trouvait à près de 200 mètres dans ce secteur un peu en retrait de la municipalité de Winslow, il transporta ses fillettes dans la voiture, ne voulant pas les laisser seules à la maison.

Comme la plus vieille des deux, Éveline, se réveilla lorsqu’il l’allongea sur la banquette arrière,  il dut lui baratiner quelque chose pour ne pas l’inquiéter avant d’aller chercher sa sœur. Par la suite, il sauta derrière le volant et démarra en direction de la maison la plus proche de sa demeure.

C’est alors qu’en route, il remarqua des lueurs bleues et rouges provenant vraisemblablement d’une voiture de police de l’autre côté d’une courbe un peu plus loin. Ayant envie d’en apprendre davantage, il poursuivit donc sa route, conscient que les autorités venaient de prendre les choses en main.

Toutefois, il fut des plus estomaqués de découvrir le véhicule d’urgence accidenté dans le fossé, juste en face de la résidence du jeune homme nouvellement emménagé du nom de Max Gunnar, qu’il n’avait d’ailleurs pas encore eu la chance de rencontrer. Il hésita aussitôt à poursuivre son chemin, mais la curiosité le poussa tout de même à continuer d’avancer.

Lorsqu’il arriva devant l’entrée, il remarqua dans la cour un autre voisin, M. Marois, un homme blanc costaud dans la soixante avancée. Ce dernier se tenait debout devant la carcasse d’un VUS bleu qui, à première vue, était bizarrement entré en collision avec un quad rouge, le tout juste devant le garage. Et comme si la scène n’était déjà pas assez étrange, un pick-up stationné derrière avait la portière du côté conducteur complètement arrachée. Devant un tel spectacle, Jacob immobilisa sa voiture.

– Papa, qu’est-ce qui se passe? demanda celle qui était éveillée.

– Je… Je n’en sais rien, ma puce…

– J’ai peur, papa!

– Mais non, ma chérie. Ne crains rien. Reste ici avec ta sœur, je vais juste aller voir M. Marois.

– Non! Ne nous laisse pas toutes seules!

– Ce ne sera pas long et je n’irai pas loin. Je vais juste là. Restez dans l’auto!

Par la suite, il alla à la rencontre de l’homme plus âgé. Ce dernier tourna aussitôt la tête vers lui.

– Mais qu’est-ce qui s’est passé ici? interrogea Jacob.

– Je… Je n’en sais rien! Je viens tout juste d’arriver! Il y eu tous ces coups de feu et j’ai… Enfin…

– Oui! Je les ai entendus également.

– Quand j’ai aperçu cette auto-patrouille dans le fossé, je me suis approché… Et j’ai vu… Ça! Je n’ai vu aucun individu autour. J’ai crié, mais personne n’a répondu. Il n’y a que ces véhicules accidentés! L’endroit est complètement désert!

– Seigneur! À quoi ça rime tout ça? Je crois que… Hé! On dirait qu’il y a quelqu’un à bord du 4×4! dit-il en apercevant une silhouette par la vitre de la portière du côté passager.

– Oui, en effet! Mais… Il ne semble pas bouger beaucoup! Il est… Il est peut-être blessé?

Jugeant que M. Marois avait probablement raison, Jacob s’approcha pour porter secours à l’étranger. Cependant, lorsqu’il remarqua des impacts de balles dans le pare-brise et sur le capot ainsi que des traces d’incendie, il s’arrêta brusquement. Sentant son inquiétude croître de plus en plus, il resta immobile un instant à regarder le quad rouge incrusté dans le pare-chocs avant du VUS suspect.

Finalement, il prit son courage à deux mains et mit un pied devant l’autre. Puis, le cœur battant la chamade, il attrapa la poignée de la portière et ouvrit celle-ci d’un coup. Comme il le redoutait, un corps inerte s’écroula à l’extérieur. Et en plus du cadavre d’un homme vêtu de noir et portant une cagoule du même ton, un fusil de calibre 12 chuta également aux pieds de Jacob. Aussitôt, celui-ci fit un bond en arrière tout en poussant un petit cri d’effroi.

Devant un tel spectacle, M. Marois et lui demeurèrent immobiles et silencieux à fixer le corps au sol, complètement abasourdis. Du coin de l’œil, Jacob remarqua ensuite qu’un autre mort gisait derrière le volant. Sous le choc,  il se tourna vers son voisin et se prépara à lui suggérer de se rendre au plus vite au poste de police quand soudain, les prenant tous deux par surprise, un énorme loup brun de deux mètres, aux yeux verts qui illuminaient dans l’obscurité, jaillit de la ligne de conifère à proximité et se rua agressivement sur le plus âgé des deux. En voyant l’animal à la silhouette humanoïde projeter M. Marois au sol pour ensuite l’attaquer férocement de ses griffes et de ses crocs, le pauvre Jacob, terrorisé, figea complètement sur place.

Mais lorsque le cri aigüe d’Éveline se fraya un chemin au travers des hurlements de la victime de la créature jusqu’aux oreilles de son père, l’instinct paternel de celui-ci le poussa enfin à agir. D’autant plus lorsque la chose à l’apparence d’un loup-garou releva la tête vers la fillette apeurée qui se tenait debout à l’extérieur de la voiture. Jacob attrapa alors l’arme à feu tombée plus tôt avec le défunt cagoulé et le pointa vers le monstre, dont les longs crocs jaunâtres dégoulinaient d’un mélange de bave et de sang frais. Puis, il pressa la détente.

Lorsque les plombs frappèrent la bête, celle-ci poussa une plainte de chien battu avant de tourner son regard vers le tireur. Ne prenant aucune chance, ce dernier actionna rapidement la pompe du fusil afin de le réalimenter d’une nouvelle cartouche avant d’ouvrir le feu à nouveau. Cette fois, le loup se recroquevilla sur lui-même en poussant un terrifiant grognement. Mais comme ce dernier ne semblait n’être que blessé, Jacob répéta son manège une autre fois. Cependant, lorsqu’il actionna la gâchette, seul un clic se fit entendre.

Réalisant qu’il n’avait plus de munition, le père jeta son arme et fonça vers sa fille toujours en train de crier, espérant que la créature soit trop estropiée pour le poursuivre. Sans même regarder derrière, il courut à une vitesse impressionnante vers sa voiture. Il attrapa en route Éveline et la jeta auprès de sa sœur, qui venait tout juste de se réveiller, avant de refermer la portière. Puis, tout en se dirigeant du côté conducteur, il jeta un œil par-dessus son épaule. Comme il le craignait, il perçut le loup-garou, qui semblait fou de rage, se remettre en mouvement vers eux. Sans perdre une seconde, Jacob se lança derrière le volant et démarra en trombe.

– Il nous suit toujours! s’écria Éveline.

– Quoi? Qu’est-ce que… Aaaaahhhh! hurla Lisa en apercevant par la vitre arrière l’animal enragé.

Le conducteur leva aussitôt les yeux vers le rétroviseur et, à son grand malheur, aperçut en effet le prédateur les rattraper. Il pressa sans attendre l’accélérateur en espérant le semer. Mais malgré cela, la chose, qui courait à quatre pattes à une rapidité fulgurante, réussit étonnamment à les rejoindre. Lorsqu’elle fut assez près, elle bondit en plein sur toit du véhicule, faisant ainsi hurler les fillettes effrayées. Et pour en rajouter, de longues griffes traversèrent le métal au-dessus des passagers avant commencer à se déplacer en produisant un bruit de frottement.

Jacob leva instinctivement la tête vers la patte du loup, qui était en train d’ouvrir la voiture comme s’il s’agissait d’une boîte de conserve. N’étant plus concentré sur la route, le véhicule se dirigea lentement vers la droite. Lorsque les roues du côté passager  entrèrent en contact avec le gravier sur l’accotement,  le conducteur rabaissa automatiquement les yeux vers la route. Voyant qu’ils se dirigeaient à toute vitesse vers un profond fossé, il donna instinctivement un coup de roue sur la gauche. Le geste plutôt drastique fit déraper la voiture sur 180 degré. Néanmoins, grâce à la manœuvre non-prémédité, le loup-garou se fit propulser plusieurs mètres plus loin.

En voyant la créature terminer sa chute en effectuant plusieurs roulades sur l’asphalte, Jacob en profita pour redécoller au plus vite en sens inverse. Après une centaine de mètres, il regarda dans son rétroviseur pour vérifier si l’imposant animal les poursuivait toujours. À sa grande satisfaction, il vit celui-ci disparaître au loin dans l’obscurité.

Sous les cris et les pleurs de ses fillettes, Jacob, sous le choc, poursuivit malgré tout sa route à vive allure, le pied tremblant sur l’accélérateur.

– J’ai peur! hurla Lisa.

– Où il est, le monstre?! s’alarma Éveline.

– Il… Il n’est plus là! s’efforça de répondre le plus calmement possible leur père. Ça… Ça va aller, les filles! Il… Il n’y a plus rien à craindre! Nous allons nous rendre au poste de police et nous serons en sécurité là-bas! Ne vous inquiétez pas! Tout va bien aller! A… Asseyez-vous comme il le faut et attachez-vous!

Arrivée à une intersection, il s’engagea sans trop ralentir dans le chemin menant au centre-ville avec le seul but d’aller alerter les autorités. Alors qu’un tas de questions hantaient son esprit, il roula le pied au plancher, espérant rejoindre au plus vite la civilisation.

Mais à son grand malheur, la situation fut encore plus cauchemardesque lorsqu’ils atteignirent les abords de Winslow…

Retrouvez la suite avec Jacob – deuxième partie. Et pour connaître la vérité sur l’énorme loup ou sur ces cadavres cagoulés qui se sont retrouvés chez Max, lisez L’assaut du Mal, tome 1, Sadman, le sorcier.

* Illustration : Claudie Bouffard

Sylvain Bouffard Écrit par :

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