Max – 1 an avant les évènements tragiques de Winslow

Comme il le faisait régulièrement lorsqu’il se sentait nerveux, Max joua avec sa bague en or portée à son annulaire droit, remise de père en fils, tout en dévisageant la jolie serveuse en charge de prendre sa commande.

– Une pinte de rousse pour moi, finit-il par répondre à la belle jeune femme aux longs cheveux noirs bouclés et aux merveilleux yeux bleus.

– D’accord, merci les gars! Je vous apporte ça, termina-t-elle en envoyant un léger sourire coquin au jeune homme athlétique, de belle apparence et à la chevelure foncée.

– Oh, Max! Je crois qu’elle craque pour toi! souleva son meilleur ami Raymond, un blondinet un peu grassouillet, lorsque celle-ci s’éloigna un peu.

– C’est vraiment mon type de femme!

– Max… Allô! rétorqua l’autre à sa gauche, qui pour sa part portait les cheveux aux épaules ainsi qu’une petite barbichette. C’est le genre de femme de tout le monde! Non, mais… Regardez-la!

– Désolé Éric! insista Max. Mais je l’ai dit le premier.

– Cependant, mon cher ami, tu n’as aucune chance quand je suis dans les parages! s’exclama à son tour Karl, un rouquin plus ou moins attirant physiquement, mais qui s’en sortait toujours bien grâce à son charisme. Tu devrais savoir qu’elles craquent toujours toutes pour moi!

Les quatre amis autour de la table pouffèrent de rire. Ceux-ci, qui avaient déjà bu plusieurs bières durant leur partie de pêche, ainsi qu’au chalet avant de se déplacer vers la ville, commençaient drôlement à ressentir les effets de l’alcool.

La soirée semblait vraiment bien partie pour ce groupe de copains d’enfance, maintenant dans la mi-vingtaine, venu au Pub de Winslow finir leur voyage de pêche dans le coin de façon mémorable. La conversation allait bon train et changeait rapidement de direction. Bientôt, ils se mirent à rire des ronflements d’Éric et du fait que ce dernier les avait tous empêché de dormir durant la semaine.

– Il faut admettre que j’ai quand même réussi à fermer l’œil cette nuit, car j’ai fait un rêve vraiment étrange, admit alors Max. J’étais un genre de superhéros… J’avais une brûlure en forme de croix sur la poitrine et je combattais des démons avec mon épée.

Les autres se mirent évidemment à le taquiner sur son aveu, poussant toutes sortes de blagues plus loufoques les unes que les autres. Toutefois, ayant parlé de démons, la conversation devint de plus en plus sérieuse et tourna même en réflexion par rapport à la religion et à l’existence de Dieu.

– Ouf, vous êtes lourd les gars! les interrompit soudainement la belle serveuse, qui venait de surprendre leur discussion en apportant leurs breuvages.

– Et toi, euh… la questionna Raymond en tentant de vérifier si elle ne portait pas un écusson avec son nom sur son blouson rose.

– Éva!

– Et toi, Éva, est-ce que tu crois que Dieu existe? poursuit-il dans le seul but de conserver la belle auprès d’eux le plus longtemps possible.

– Moi? Je… Non! Et même s’il existait, je crois qu’Il n’en aurait rien à foutre de nous! Avec toutes les saloperies qu’on se fait balancer en pleine gueule, s’Il existait réellement, Il serait un beau salaud de ne pas intervenir davantage. Toutes ces catastrophes naturelles, ces guerres, ces… Ces maladies…

– Oui, en effet! C’est une théorie intéressante! l’appuya le plus grassouillet.

– Vous savez, j’ai fait voler en morceaux un nid de fourmis cet après-midi en tondant le gazon. J’ai détruit toute une civilisation, et ce, sans le moindre remords. Je crois que si Dieu existait réellement, Il agirait sans aucun doute de la même façon. Il n’aurait pas plus de sympathie pour nous que nous en avons envers les insectes!

– Wow! Quelle brillante réponse! répondit Éric.

– En effet, tu as tout à fait raison! l’appuya Karl.

– Ce n’est pas bête comme réflexion, ça! rajouta Raymond pour flatter la jolie demoiselle.

– Eh bien moi, je ne suis pas d’accord! répliqua tout à coup Max. Je… Je ne suis pas à proprement dit quelqu’un de très pratiquant… Je… Je ne vais pratiquement jamais à la messe, mais, je crois… Je crois qu’il y a quelque chose… Une force plus grande que nous qui… Oui! Je crois que Dieu existe. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un magicien qui peut intervenir physiquement sur notre monde. Je ne pense pas qu’Il puisse arrêter une tornade ou guérir un cancer. Mais je crois plutôt qu’Il agit… Disons d’une façon différente.

– Alors tu crois au Père-Noël! rétorqua la belle, qui fut aussitôt appuyée par les trois autres.

– Eh bien, on peut voir son effigie partout dans le temps des fêtes et il arrive à réchauffer le cœur de million d’enfants à travers le monde, peu importe leur classe sociale. Alors, même s’il ne vit pas réellement au pôle Nord et qu’on ne puisse le voir ni le toucher physiquement… D’une certaine façon, le Père-Noël existe! C’est… C’est un peu la même chose que l’amour, en fait. Tu vois où je veux en venir?

Sur ces mots, Éva rebroussa chemin hâtivement vers le bar sans rajouter le moindre mot.

– Bravo Max! s’exclama Éric. Tu as réussi à la faire partir!

– Max! rajouta Karl. Franchement, le Père-Noël! Tu pousses un peu, là!

– Désolé, les gars!

– Elle ne nous méritait pas! en conclut alors Raymond pour supporter son meilleur ami.

Tous acquiescèrent quant au même moment, la serveuse revint auprès d’eux avec un plateau de shooters de Whisky, les prenant par surprise. En la voyant, les quatre jeunes hommes s’écrièrent de joie.

– Comme vous m’avez l’air d’une bande vraiment sympathique et que celui-là est particulièrement mignon, c’est ma tournée! dit-elle en pointant Max.

Franchement heureux du retournement de situation, tous se mirent à chanter de bon cœur la chanson habituelle s’appliquant à la situation avant d’avaler d’un trait leur consommation. À peine venaient-ils de finir que Raymond demandait déjà à Éva de rapporter la même chose.

– D’accord, mais pas pour moi, lui répondit la serveuse.

– Ah oui, alors! insista le blondinet. On te doit bien cela!

– Allez, juste un autre, l’appuya Max avec un sourire.

– Bon, d’accord! Juste un autre!

La soirée continua donc ainsi alors que les quatre fêtards devinrent de plus en plus bruyants, sans toutefois être déplacés. Peu à peu, Éva se mit à porter davantage d’attention à Max, négligeant de ce fait légèrement les autres clients du Pub. Puis, environ une heure avant la fermeture, le jeune homme invita la belle à s’asseoir pour discuter, ce qu’elle fit sans hésiter.

– Alors comme ça, tu es propriétaire? commença-t-il. Une maison ou un condo?

– Non, je suis en appartement.

– Mais tu nous as dit plus tôt que tu tondais ton gazon, non?

– Oui… Je vois que tu es plutôt perspicace. En fait, mon propriétaire est plutôt vieux et moi, j’aime travailler à l’extérieur, alors…

– Vraiment?

– Oui, ce n’est pas parce que je suis serveuse dans un bar que je suis forcément une poupée qui a peur de se casser un ongle, tu sais? En fait, j’adore le travail physique, la campagne et même la pêche! Tu sais, j’installe moi-même les vers au bout de mes hameçons.

Ça y était, Cupidon venait de frapper! Il venait de tomber littéralement en amour. Lui, qui avait été élevé sur une ferme, n’arrivait pas à croire qu’une fille aussi jolie puisse partager les mêmes valeurs et passions que lui.

Ils conversèrent donc ainsi pendant près d’une heure, parlant de tout et de rien. Max lui raconta finalement que le propriétaire de la grande pourvoirie de la région venait de lui faire une offre qu’il ne pouvait refuser et que, du coup, il y avait de fortes chances qu’il vienne s’installer dans le coin.

– Tu… Tu désires vraiment venir vivre dans ce coin perdu?

– Eh bien, je dois encore y réfléchir… Mais je le ferai sérieusement. Pour moi, c’est le paradis ici!

– Ce… Ce n’est peut-être pas aussi parfait que tu ne le crois…

– Il n’y a pas d’endroit parfait, mais il y en a certains qui sont mieux que d’autres.

– Je… Je ne pense pas que ce soit une si bonne idée de… Je veux dire… On est loin de tout ici et… Comment dire…

– Éric ne se sent pas très bien! les coupa soudainement Raymond. Il a exagéré sur le Whisky. Je suis désolé de vous déranger, mais je crois que nous allons devoir y aller. J’ai déjà appelé un taxi et il sera là dans moins d’une minute.

– Bien… Dans ce cas… Je vais te souhaiter une bonne nuit, Éva.

– Oui… Tu… Tu pars déjà… C’est dommage…

– Oui, à voir l’état d’Éric, je crois que je ferais mieux d’y aller. Les gars vont avoir besoin d’un coup de main. Mais… En fait…  Je n’ai pas su ton nom de famille.

– Si c’est pour me retracer sur Facebook, et bien j’utilise un surnom pour éviter que tous les types que je croise ici m’écrivent… Tu vois?

– Bon… Alors, à une prochaine fois peut-être!

Mais à peine venait-il de terminer sa phrase que la serveuse attrapa un morceau de papier pour y gribouiller son pseudonyme. Puis, elle inséra la note dans la poche de son jeans en lui donnant un baiser sur la joue.

– Merci pour ce soir, lui dit-elle ensuite. J’ai vraiment passé un bon moment. Ça m’a fait réellement du bien. Passe me voir si tu reviens dans le coin.

– J’y compte bien.

La belle lui répondit d’un sourire avant d’aller servir un client qui s’impatientait. Max la regarda s’éloigner un moment avant de se déplacer pour aider ses amis à transporter Éric, qui tenait à peine debout.

Une fois de retour à leur chalet, Max, qui était encore le plus sobre du groupe, supporta son ami pendant que ce dernier vomissait dans les bois. Lorsqu’il eut terminé, le jeune homme le reconduisit à son lit.

Quand un douloureux mal de tête le réveilla le lendemain, Max se hâta de fouiller dans son jeans pour trouver le pseudonyme d’Éva. À son grand malheur, le papier ne s’y trouvait plus. Il chercha alors partout pour le retrouver, y compris à l’endroit où Éric avait été malade, mais sans succès. Il eut alors un petit pincement au cœur en se demandant s’il allait la revoir un jour…

Apprenez-en plus sur Max dans L’assaut du Mal, tome 1; Sadman, le sorcier.

*Illustration: Claudie Bouffard

Sylvain Bouffard Écrit par :

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